Le bel avenir
Par lebelavenir, dimanche 19 juillet 2009 à 15:37 :: 2008. Maintenant, ça se passe ici. :: #100 :: rss
Bon, résumons.
J'ai 27 ans dans trois semaines dont deux ans de mariage, une collection de diplômes que vous m'en direz des nouvelles, signé déjà un CNE, deux CDDs, deux missions d'interim, cinq, non six conventions de stage et un CDI même une fois.
Un CDI. Le rêve, le Graal absolu, sauf que c'était il y a cinq ans et que ça a duré cinq mois – dites ce que vous voulez, je suis sûre que vous n'auriez pas tenu plus longtemps en tant que serveuse au Flam's.
J'ai bientôt 27 ans, une collection de diplômes, signé tous les contrats du monde, et ça me fait une bien belle jambe.
L'an dernier en septembre, quand j'ai été un peu fatiguée de constater que :
- il fallait se rendre à l'évidence, un bac + 5 en Lettres Modernes, ça ne fait pas rêver le Recruteur
- que le même Recruteur crache sur le système français qui ne se fonde que sur les diplômes et porte aux nues le système américain lequel valoriserait l'expérience et le sens de l'initiative, mais ce seulement jusqu'au moment où l'on pose ses fesses dans Son bureau pour un entretien d'embauche
- que de toutes façons ça ne sert à rien de se chercher des excuses : je suis une bille en entretien (d'autant que l'argument : « plus je tremble et je pleure aujourd'hui, meilleure je serai par la suite » est totalement inefficace),
j'ai fini par me décider la mort dans l'âme à reprendre mes études.
Ça m'arrachait un peu la gueule quand même. Pas seulement parce que j'avais peur de donner l'impression que moi ce qui me plaisait dans la vie c'était la fac et que c'était le seul contrat à durée indéterminée que j'avais envie de signer, pas seulement parce qu'attaquer directement en master 2 en informatique c'était pas la moitié d'un défi, pas seulement parce que ça m'avait été conseillé par mon référent dans ma boîte d'interim ce qui est, disons-le, la loose, mais aussi parce que j'étais mariée moi, Monsieur. J'avais charge d'âme, un loyer à payer, un frigo à remplir, un CODEVI à présenter à mon banquier.
Mais bon, il faut ce qu'il faut, et puisque Jules me dit qu'il faut y aller, j'y vais.
Un bac + 5 en informatique, c'est un peu comme une baguette magique. D'un coup d'un seul, toutes les RH du monde se battent dans la boue pour les beaux yeux de votre CV.
C'était arrivé à Jules : à l'une des nombreuses époques où je me débattais dans les affres du chomage, il avait fini ses études et donc commencé une recherche d'emploi.
C'est là que j'avais mesuré la distance entre nos deux planètes. Une recherche d'emploi pour Jules, ça veut dire mettre son CV en ligne sur Monster, et attendre.
On ne peut pas dire que ça ait trop tardé à mordre. Son portable sonnait toutes les sept minutes trente, il levait les yeux au ciel (Oh putain, encore un recruteur, tu trouves pas que c'est super chiant ?), décrochait, faisait son blasé, griffonnait un rendez-vous sur un bout de papier, et reprenait son jeu video.
Au bout de quelques jours, il a étalé dans le salon toutes les propositions de contrat qu'il avait reçues, a commencé par essayer de les étudier pour ne retenir que la meilleure, et puis il a fini par les jouer à plouf-plouf.
L'argument était saisissant : puisque dans mes super méthodes perso de pêche à l'emploi c'était manifestement moi qui faisait la truite, je me suis lancée dans l'aventure.
Ne nous emballons pas, je n'ai pas eu le succès de l'Homme. Déjà, j'étais toujours au bord de me pisser dessus en entretien, ensuite je n'ai toujours pas un profil technique, et pour finir je soupçonne le Recruteur de s'attendre à ce que je lui ponde un mouflet dans les bras d'un instant à l'autre. Ben oui, une jeune mariée, vous comprenez.
Mais quand même : quand j'ai décroché mon stage, j'ai bien rigolé. Cette boîte-là, ça faisait au moins huit CVs que je leur envoyais, je pouvais citer le nom de toutes les RH dans l'ordre alphabétique, et tout à coup, ils m'accueillaient à bras ouverts et ils m'offraient le café.
J'avais l'impression d'être entrée par la fenêtre, déguisée en étudiante, bien planquée au milieu d'autres étudiants, après m'être fait sortir par la porte à grand renfort de coups de pied carabinés.
- Ah, vous avez fait tel Master ??? Comme c'est intéressant, vous savez que nous avons recruté du monde de chez vous, déjà...
Bon ça met un peu la pression déjà, parce que mon deuxième master 2, je l'ai fini mais je ne sais pas encore si je l'ai ou pas. Si j'apprends en octobre que je l'ai loupé, j'aurais l'air finaude, tiens.
- La première chose qu'il faut que vous sachiez, et c'est important, c'est que nous apportons une grand importance au stage. Ce sont toujours des stages de pré-embauche, bla bla bla bla.
Préembauche ? Préembauche ? Mon coeur s'affole. Où est-ce qu'on signe bordel ? Je n'aurais jamais, mais alors jamais pensé que j'aurais un jour pu être si contente de signer une sixième convention de stage.
Pendant les premières semaines, j'ai tellement essayé de bien faire que j'ai consciencieusement scié la branche sur laquelle j'avais envie de m'asseoir, et puis, on arrête pas le progrès et certainement pas le mien, j'ai réussi à redresser la barre.
Bilan :
- très bon stage, nous sommes ravis
- dans stage de préembauche, il y a « préembauche », mais surtout, surtout, il y a « stage », vous avez remarqué ?
- tu as déjà entendu parler de la crise économique ?
Oh putain. Je ne sais pas ce que j'ai fait à Dieu, mais je pense qu'il m'en veut personnellement. J'avais enfin réussi à appuyer sur le bon bouton, j'avais enfin chopé une vague à boulot, et là, carte joker.
La boîte dans laquelle je bosse est de loin l'une des plus importantes de son secteur. Je sais de source sûre – parce que c'est la boîte de l'Homme – que l'autre très grosse boîte du secteur a elle aussi complètement stoppé les recrutements.
On est en juillet, période connue entre toutes pour ses pics d'activité et la frénésie des RH du monde entier pour renflouer leurs effectifs.
Il y a un crétin au bureau, un ancien de mon master, qui a passé une bonne demie-heure à m'expliquer qu'il avait un plan génial pour trouver du boulot : lui, il avait mis son CV en ligne sur Monster, et il avait attendu. Pas trop longtemps en plus.
Mes assedics se terminent à la fin du mois.
Tout va bien.
Ben ouais, je ne l'ai même pas si mal pris. Déjà, je sais que j'ai fait tout ce que je pouvais.
Il n'est pas exclu que l'on me rappelle quand ça reprendra (merci de faire une prière pour que la reprise ait lieu avant le quatrième trimestre 2010, je n'arriverai jamais à faire patienter ni mon bailleur, ni mon estomac).
J'ai vraiment acquis des compétences et des connaissances – et un diplôme, croisage de doigts – que je peux faire valoir.
Je commence à avoir une idée plus précise du ou des jobs que je peux faire.
Je m'attendais à beaucoup de choses. En vrac : on me recrute, je n'en reviens pas, de joie et de surprise je me roule par terre et je me mets à pleurer ; on ne me recrute pas, je n'en reviens pas, de désespoir et de surprise, je me roule par terre et je me mets à pleurer.
Ce que je n'attendais pas, c'est ça : on ne me recrute pas, de désespoir et de surprise, l'Homme se roule par terre et se met à pleurer.
D'une certaine façon, je le comprends, l'Homme. Je suis bien placée pour savoir que j'ai eu mon premier DESS en 2004 et qu'il y a un moment où ça va bien, où on voudrait
- partir en vacances
- aller au resto
- rembourser des dettes
- acheter une maison
- ne pas systèmatiquement « oublier » sa CB à la maison quand on va à la FNAC
- etc.
Mais je n'attendais pas que ce soit lui qui pense que, si ça se trouve, les études c'est mon truc et que c'est peut-être ça que j'avais envie de faire toute ma vie.
Je ne m'attendais pas à ce que ce soit le moment qu'ait choisi son inconscient pour s'apercevoir qu'en se mariant on avait fait un pari crétin parce qu'il voulait des gamins et que je n'en voulais pas et que là, tiens, tilt, chérie, je voulais te dire, je t'aime, hein, qu'on soit bien d'accord, mais ces histoires de boulot, ça commence à bien faire, moi ce que je veux dans la vie c'est des gosses des gosses des gosses et c'est pas comme ça qu'on va y arriver.
Ne te mets pas la pression, tu as quelques mois pour prendre ta décision, mais si tu ne veux vraiment pas d'enfants, va falloir me le dire vite. On a pas toute la vie devant nous pour la refaire.
C'était même pas un pari si crétin. C'était évident qu'on finirait par en avoir. Enfin, je suppose que j'ai dû oublier de le prévenir et maintenant, job ou pas job, diplôme ou pas diplôme, c'est officiel, j'ai l'air d'une truite.
Ce qu'il y a de rigolo c'est que quand je suis retournée au boulot le lendemain pour mon dernier jour, mes collègues ont pris leur tête la plus compatissante pour me demander comment je vivais tout ça.
Tout ça ?
Ah oui, le stage de préembauche plus « stage » que « préembauche ».
Ben j'avais complètement zappé.
Allez, allez, je me plains, mais il y a quand même une bonne nouvelle. Ça date du mois de mars, j'ai dû m'y reprendre à quatre fois et ça m'a coûté encore plus cher que le master mais j'ai eu mon permis.
Commentaires
1. Le lundi 20 juillet 2009 à 08:17, par tarmine
2. Le lundi 20 juillet 2009 à 10:35, par sel
3. Le lundi 20 juillet 2009 à 12:27, par Fiörgyn
4. Le lundi 20 juillet 2009 à 19:44, par LBA
5. Le mardi 21 juillet 2009 à 01:00, par Schleuder
6. Le mardi 21 juillet 2009 à 09:09, par LBA
7. Le mardi 21 juillet 2009 à 11:17, par sel
8. Le mercredi 22 juillet 2009 à 01:04, par Schleuder
9. Le mercredi 22 juillet 2009 à 21:40, par obul
10. Le mercredi 22 juillet 2009 à 22:54, par LBA
11. Le samedi 25 juillet 2009 à 20:10, par ange-etrange
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